Le racing a-t-il un avenir ?
Suite à la perte de la concession de la Croix-Catelan (depuis 1886 le RCF exploitait sept ha aménagés dans le bois de Boulogne à Paris) au profit du groupe Lagardère, les sections sportives du Racing Club de France se voient à terme privées de l’essentiel de leurs ressources. Grégoire Rincourt, président de la section judo qui a succédé à Bernard Nicolas en 1998, dresse le constat.
Judo Magazine : Comment la section judo a-t-elle réussi à maintenir du haut niveau dans un «environnement hostile » ?
Grégoire Rîncourt : A partir de 1999, nous avons amorcé un virage imposé. Nous avons poursuivi le haut niveau malgré l’interdiction de la direction du club cela grâce à des moyens divers et variés et, je dois l’avouer, avec l’aval moral du président Xavier de la Courtie. Contrairement à ce que l’on croit, il n’était pas un anti-champion primaire, mais il ne voulait pas que cela se sache trop… dans cette période, nous avons eu une hémorragie d’athlètes terrible, passé de longues d’entretiens pour rassurer, convaincre de rester car nous n’avions plus les moyens de recruter comme avant.
JM : Cela a eu quelles conséquences ?
GR : Nous avons mis en place une véritable politique de développement avec une école de judo du poussin au senior avec des résultats quantitatifs et qualitatifs. Nos effectifs ont progressé de 5 à 10 par an et nous pourrions encore accueillir au moins 150 membres. Les résultats ont suivi, sur la ligue de Paris on truste tout et au niveau national nous avons même réussi à remporter les titres juniors et senior la même année.
JM : Pourtant la crise couvait ?
GR : Cela faisait des années qu’à chaque assemblée générale nous répétions : on vous endort, le principe du renouvellement de la concession n’est pas acquis ! » En représentant de la section, je ne suis jamais rentré dans le débat politique, mais je ne cachais pas mon opinion. Finalement le 23 juin, le président du RCF a été révoqué et il a été remplacé par le vice-président Philippe Dugeny. C’est à ses côtés que nous nous sommes battus en présentant le projet sportif face aux autres candidats repreneurs.
JM : Y a-t-il eu des contacts avec le groupe Lagardère ?
GR : Oui. Toute l’équipe des présidents de section s’est présentée de manière solidaire et nous avons pu rencontrer Arnaud Lagardère et son équipe pour connaître ses intentions. Nous avons rencontré quelqu’un d’ouvert qui aime le club et qui a porté ses couleurs en tant que nageur et tennisman. Il s’est engagé verbalement à maintenir le « périmètre » du Racing, sans toucher aux autres sites. Depuis cette période, les présidents font pression sur le comité du club pour activer les négociations.
JM : Où en êtes-vous ?
GR : Depuis l’été, rien n’a évolué. Nous avions décidé de monter une commission pour étudier les conditions techniques de la collaboration avec le groupe, mais je n’ai pas de nouvelle. Sinon, nous avons quasiment maintenu le même effectif sur le haut niveau en espérant pouvoir tenir nos engagements. Le club nous a voté les mêmes subventions que la saison passé à savoir 300 000 €. Recettes qui venaient de la concession…
JM : Où va-t-on ?
GR : Je pense qu’on s’oriente vers une survie du Racing grâce à un partenariat avec le Groupe Lagardère, mais il circule aussi d’autres hypothèses. On n’est pas loin de la disparition de ce club légendaire né en 1882, mais personne ne peut l’imaginer.
Propos recueillis par Dominique Georges
Judo Magazine n°235, septembre 2006